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MASSE COMBUSTIBLE SOLIDE, LA CIRE

Quand une manufacture historique se transforme en lieu de convergence pour regrouper des produits d’excellence, notre curiosité en est piquée.

TEXTE : ELODIE GIRONDE | PHOTO : PHILIPPE VAURÈS SANTAMARIA

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MASSE COMBUSTIBLE SOLIDE, LA CIRE

Quand une manufacture historique se transforme en lieu de convergence pour regrouper des produits d’excellence, notre curiosité en est piquée.

TEXTE : LESLIE GOGOIS | PHOTO : PHILIPPE VAURÈS SANTAMARIA

Adieu suif, bonjour cires en tous genres ! Cires ou huiles végétales, de coprah, de soja ou de palme, leur point de fusion très bas permet de les associer à des parfums.

Cire 100 % minérale lorsque la bougie n’est pas en pot, pour une meilleure tenue. Autrement dit, de la paraffine, la matière fossile issue du pétrole et rendue ultra-pure. Ou encore animale, puisque la cire d’abeilles fut la première à remplacer le suif, alors qu’elle brûle plus proprement et longtemps.

Une cire qui continue à faire sens avec la devise de la maison Trudon, créée en 1643 : « Deo Regique Laborant », les abeilles travaillent pour Dieu et le Roi, alors que la manufacture fournissait la cour de France et l’Église.

CIRE ANIMALE ET ABEILLE NOIRE DE L’ORNE

Les abeilles mellifères produisent leur propre cire pour la construction des alvéoles au cœur de leur habitat. Sa couleur et son parfum se peaufinent au fil du temps, au contact du miel et du pollen. Fine, malléable et noble, elle n’existe cependant qu’en quantité limitée dans la nature, et tend même à se raréfier. C’est le cas, pour l’abeille noire de l’Orne, espèce endémique et millénaire aujourd’hui en danger de disparition. C’est la raison pour laquelle la manufacture, installée au cœur du Parc naturel régional du Perche depuis 1901, s’est inscrite dans une démarche écoresponsable. Le Parc a pour mission de protéger l’environnement à travers le maintien de la biodiversité et la protection des espèces menacées. En créant en 2013 le Conservatoire de l’abeille noire de l’Orne, son objectif est de garantir le maintien de cette abeille pollinisatrice, tout en insufflant des pratiques apicoles respectueuses. En se rapprochant du Conservatoire, la maison Trudon tend à enclencher une démarche locale et raisonnée, et s’engage même à reverser 4% des ventes de sa bougie « Cire » au projet de protection. Mais, même si l’utilisation de cire d’abeille ne représente que 2 % de l’ensemble des matières premières, Julien Pruvost, directeur de la maison, pense à la supprimer complètement. Une cire qui pourrait être remplacée par de la paraffine de colza. Quand on sait que l’Eure et Loir, aux confins du Parc régional du Perche, est le premier producteur français de colza, cela fait sens.

UN SAVOIR-FAIRE ARTISANAL D’EXCELLENCE

Si les ateliers continuent à fournir des cierges pour l’Église, l’essentiel de la fabrication de la maison se porte sur l’éclairage décoratif et domestique. Une expertise qui leur permet un rayonnement international, alors qu’ils sont en passe d’être référencés au catalogue du Patrimoine Vivant en Normandie. Un label, à travers lequel l’État distingue les entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux d’excellence. Une maîtrise que la cour de France honorait déjà, alors que chaque jour l’Opéra royal de Versailles, se voyait éclairé par 2000 bougies blanches de la Manufacture de Cire. Ici, point d’économie de bout de chandelle, mais une débauche de lumière.