CRÉER

LE ROTIN PAR FRANÇOIS PASSOLUNGHI

La Côte d’Azur ne compte quasiment plus de fabricants et de restaurateurs de mobilier en rotin. Depuis 1993, lui s’y applique, avec succès, plebiscité qu’il est par les propriétaires des somptueuses villas voisines et, désormais de renommée internationale. La preuve, sur place.

TEXTE : JÉRÔME BERGER | PHOTO : PHILIPPE VAURÈS SANTAMARIA

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LE ROTIN PAR FRANÇOIS PASSOLUNGHI

La Côte d’Azur ne compte quasiment plus de fabricants et de restaurateurs de mobilier en rotin. Depuis 1993, lui s’y applique, avec succès, plebiscité qu’il est par les propriétaires des somptueuses villas voisines et, désormais de renommée internationale. La preuve, sur place.

TEXTE : JÉRÔME BERGER | PHOTO : PHILIPPE VAURÈS SANTAMARIA

D’UNE JUNGLE À L’AUTRE

Sur les hauteurs de l’arrière-pays niçois, à Contes. C’est là que François Passolunghi officie. Dans un atelier sens dessus-dessous, débordant de vieux modèles d’assises, de pièces en cours de restauration et, bien sûr, de… rotin. Il y en a de toutes les tailles, de toutes les teintes. « La plupart provient d’Indonésie et des Philippines », explique l’intéressé. L’œil rieur contraste avec une voix posée. Chez lui comme dans les milieux humides et chauds des pays d’Asie dont elle est originaire, la liane envahit tout. Mais le parallèle s’arrête là. Dans les jungles tropicales, ce cousin du palmier peut atteindre jusqu’à 300 m de long ! Récolté vert, le plus souvent à l’état sauvage, sur des arbres vertigineux, il est débité en longueurs de 4 à 10 m, débarrassé de sa première peau et, ce faisant, de ses feuilles et épines, avant d’être nettoyé puis séché à la verticale. Une multitude de variétés au nom exotique coexiste : Manau, Malacca, Tohiti… Des tonalités et densités spécifiques les distinguent les unes des autres. Sans parler, pour chacune, de diamètres variant de 2 à plus de 60 mm, ni des 1ers , 2es ou encore 3es choix. D’où un important travail de tri, en amont. Pas de quoi affecter les qualités intrinsèques du rotin. Elles demeurent constantes. À l’inverse du bambou, ce végétal est plein et massif. Mieux, sa porosité et son humidité naturelles lui confèrent une incroyable flexibilité. Autre avantage et non des moindres, il est très résistant, puisqu’il ne craint pas les insectes mangeurs de bois. Seuls le soleil et l’humidité l’altèrent sur le long terme. Autant dire que le rotin est fait pour être travaillé. Même si son coût se révèle vite conséquent. « Pas moins d’une dizaine de longueurs sont nécessaires à la réalisation d’un seul fauteuil », reconnaît l’artisan. À raison de 20 € l’une minimum, l’addition s’envole vite et, ce, avant même l’intervention de l’homme de l’art…

DE L’EXPÉRIENCE

Que le métier paraît simple, à voir François Passolunghi œuvrer. En deux temps trois mouvements, des coups d’œil ici et de hanche là, le bonhomme apprécie la droiture d’une longueur de rotin puis sa résistance, avant de la plier à plus de 90° avec une aisance déconcertante. Et pourtant… Certes, les outils sont sommaires. Tout juste, un chalumeau, une table de redressage, une autre de cintrage et une dresse ou arlequin. Les quatre tiennent dans 2 m2 à peine. Le premier fournit la chaleur requise pour assouplir les fibres du rotin et donc le déformer. Le second consiste en deux plots posés sur un plan entre lesquels l’artisan cale une longueur légèrement chauffée à l’endroit où des bosses et autres courbures se sont formées afin de les aplanir pour mieux la travailler ensuite. Le troisième est composé d’un savant jeu de roues de diamètres différents permettant de donner à la liane redressée la courbure souhaitée. Le quatrième, sous ses allures de clef anglaise en bois, est nécessaire à l’heure d’ajuster définitivement le cintrage au regard du gabarit réalisé sur-mesure. Et voilà tout. Ou presque…